Les conseils lecture

Bibliothèque George Sand

Le conseil lecture de Marie-Christine, bénévole : octobre 2021

les lettres d'esther

Les Lettres d'Esther
de Cécile Pivot,

Calmann-Lévy, Paris, 2020.

Libraire à Lille, Esther ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Les cinq participants ne se connaissent pas sauf de jeunes parents qui traversent une période difficile. Juliette et Nicolas vont donc s’écrire et ils vont également correspondre avec Jeanne, sexagénaire esseulée, et Jean, homme d’affaires blasé. Il y a aussi Samuel, adolescent qui cherche sa voie, et Esther bien sûr qui tente de coordonner le style, l’écriture… Mais rapidement les lettres deviennent des confidences, des conseils, le besoin de se confier transforme l’exercice en un échange sincère car chacun se révèle en détresse. Leurs histoires sont différentes mais l’amitié qui naît entre eux les amène à se rencontrer, après trois mois d’écriture. Leur vie change alors totalement.

Touchant et simple, ce roman est surprenant par sa forme, épistolaire certes mais aussi avec un style et un vocabulaire différents selon les épistoliers. Ce ne sont pas que des lettres, ce sont des pages de vie avec ce qu’elle contient de solitude, de dépression. La romancière nous offre une fin heureuse démontrant les bienfaits de l’écriture épistolaire, exercice qui se raréfie malheureusement.

Ce livre est disponible à la Bibliothèque.

Le conseil lecture de Marie-Christine, bénévole : septembre 2021

Rivage-de-la-colere

Rivage de la colère
de Caroline LAURENT,
Les Escales, Paris, 2020.

En 1967, l’île Maurice obtient son indépendance et l’une de ses possessions, l’archipel des Chagos où vivent d’anciens esclaves, est vendue aux Britanniques. Chagossiens et Chagossiennes  travaillent dans les champs et se contentent de peu. Marie-Pierre Ladouceur vit heureuse sur l’une des îles, Diego Garcia, avec sa famille, ses amis et Gabriel son grand amour, mauricien de bonne lignée qui lui donne un fils, Joséphin. Mais leur bonheur prend fin lorsque Diego Garcia est vendue aux États-Unis par les Britanniques. L’île devient un point stratégique pour les États-Uniens qui en font une base militaire. Expulsés, déportés, les Chagossiens contraints et forcés s’installent dans des conditions abominables à Maurice. Les années passent mais ils vont se révolter, et des manifestants îlois vont camper pendant des mois devant la Cour Internationale de Justice de La Haye jusqu’à obtenir gain de cause en février 2019. Cette histoire est vraie, on y mesure toute l’ignominie des « maîtres du monde ».

Roman d’amour dont Joséphin, personnage-narrateur en partie, nous parle avec émotion et tendresse. Roman historique que la franco-mauricienne Caroline Laurent nous raconte avec passion, y mettant toute sa fougue pour que ce pan dramatique et méconnu de l’histoire coloniale ne soit pas oublié.

Ce livre est disponible à la Bibliothèque.

Le conseil lecture de Marie-Christine, bénévole : été 2021

le train des enfants

Le train des enfants
de Viola ARDONE,
Albin Michel, Paris, 2021.

Amerigo, sept ans, vit dans un quartier pauvre de Naples avec sa maman Antonietta. Un jour de 1946, il est embarqué dans un train avec des milliers d’autres enfants, à l’initiative du parti communiste italien : direction le Nord de l’Italie où des familles communistes les accueillent. Le Nord plus riche se doit d’aider le Sud misérable… Le petit garçon se retrouve à Modène chez une célibataire nantie d’une sœur et d’un beau-frère, parents de trois enfants. Il découvre ce qu’est une famille et mange enfin à sa faim, des mets inconnus de lui jusqu’alors : mortadelle, parmesan, provolone... Et puis il y a l’amour de cette famille d’adoption et la musique. Mais il pense à sa maman et à sa vie d’avant.

Partagé entre un passé sans rien et un présent où il a tout, Amerigo va devoir trouver sa voie. À partir de faits réels jamais évoqués dans la littérature italienne, la romancière, née à Naples en 1974, nous entraîne dans un pays en pleine reconstruction où l’utopie communiste fait rêver le peuple mais la réalité est beaucoup plus morose.

 Le narrateur, Amerigo, raconte son histoire avec ses mots d’enfant tour à tour inquiet, émerveillé, interrogateur, tiraillé entre deux mondes, deux mamans… Émouvant, souvent drôle, ce roman est écrit avec amour et tendresse.

Ce livre est disponible à la Bibliothèque.

Le conseil lecture de Marie-Christine, bénévole : juin 2021

Des diables et des saints

Des diables et des saints
de Jean-Baptiste ANDREA,
L'Iconoclaste, Paris, 2021.

Joseph, 69 ans, joue du Beethoven, exclusivement du Beethoven, dans les gares, les aéroports et autres lieux publics. Virtuose du piano, il pourrait donner des concerts pensent les passants qui s’arrêtent pour l’écouter. Oui mais Joe attend quelqu’un… Fils de bonne famille, sa vie a été bouleversée lorsque ses parents et sa sœur ont disparu dans un accident d’avion. Il avait seize ans et l’orphelinat qui l’a accueilli n’était pas un nid douillet : nourriture à peine suffisante, corvées et maltraitances, et surtout interdiction de toucher au piano ! Heureusement il y a « la Vigie », un groupe de rêveurs qui tentent d’échapper à cette vie sans joie ni perspective. Et il y a Rose, fille de riches bienfaiteurs à qui le narrateur est autorisé à donner des leçons de piano.

L’auteur met en scène des personnages odieux, le prêtre-directeur, le surveillant, ou attachants, Momo l’épileptique, Souzix l’enfant abandonné sous X… Il réussit à nous faire rêver d’une vie meilleure avec ces enfants inventifs. C’est une ode à l’espoir et à l’amour : que va-t-il advenir de Joe le pianiste inspiré ?

Après Ma reine, livre plein de poésie (à la bibliothèque), lisez Des diables et des saints roman initiatique joliment écrit. Il a reçu le Grand Prix RTL-Lire 2021 et le Prix Ouest-France/Étonnants Voyageurs 2021.

Ce livre est disponible à la Bibliothèque.

Le conseil lecture de Marie-Christine, bénévole : mai 2021

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Ce qu’il faut de nuit
de Laurent PETITMANGIN,
La Manufacture de livres, Paris, 2020.

En Lorraine, un ouvrier élève seul ses deux fils après le décès de la moman. Cheminot, militant socialiste sans histoires, il fait de son mieux pour Frédéric, surnommé Fus pour Fuʃsball. À la luxo (le Luxembourg est proche) car il est passionné de football, et Gillou le petit frère qui travaille bien à l’école… Les deux garçons l’aident dans ses tâches ménagères mais Fus commence à fréquenter une bande de fachos, les relations père-fils se détériorent.

Un jour qu’il distribue des tracts du FN, Fus est violemment tabassé par des militants antifascistes… Dès sa sortie de l’hôpital, il va chercher à se venger et c’est le drame…

L’auteur, dont c’est le premier roman, raconte à la première personne, une histoire d’hommes où convictions politiques, violences sociales et amours filiales se fondent dans un style sobre. J’ai été sensible à ce roman fort, bien écrit, à la problématique actuelle qui a visiblement plu aux jeunes comme aux moins jeunes : il a reçu le Prix Femina des lycéens 2020 et le Prix Stanislas 2020 !

Ce livre est disponible à la Bibliothèque.